Skip to main content
Recevez par mail les nouveaux posts du blog

#F018 Effets indésirables liés à la supplémentation vitaminique systématique

De quoi parle-t-on ?

Du risque des suppléments vitaminiques notamment dans des produits issus de l’industrie agroalimentaire.

Pourquoi a-t-on choisi d’en parler ?

Le 19 février 2024 un article paru dans Nature Medicine a souligné le rôle délétère des métabolites de la niacine (Vitamine B3) dans l’inflammation endothéliale augmentant le risque cardiovasculaire 1. Cette étude peut donner une explication au résultats décevants des essais cliniques récents de supplémentation et au paradoxe que la baisse du taux de cholestérol-LDL induite par la niacine ne permet pas d'obtenir la réduction attendue des risques de maladies cardiovasculaires 2,3.

L’avis de la SFPT

La supplémentation vitaminique systématique en dehors d’une situation carentielle prouvée semble inutile et potentiellement dangereuse.
En dehors d’indications formelles de supplémentation (pathologies de malabsorption, carences toxiques, sujets à risque, ostéoporose, etc.), il est inutile d’avoir recours à une supplémentation vitaminique. Il semble nécessaire d’insister sur l’importance d’une alimentation variée, équilibrée, à base de produits frais.

Pour approfondir

 L’article s’intitulant « A terminal metabolite of niacin promotes vascular inflammation and contributes to cardiovascular disease risk » rappelle qu’il persiste un risque cardiovasculaire résiduel chez les patients suivant parfaitement les schémas thérapeutiques recommandés. La prévention du risque cardiovasculaire est schématiquement résumée par le contrôle de plusieurs facteurs de risques bien identifiés. Parmi ceux-ci coexistent le statut tabagique, l’hypertension artérielle, le surpoids, certaines dyslipidémies, le diabète ou encore l’insuffisance rénale chronique. Les statines restent à ce jour la pierre angulaire du traitement du patient à risque cardiovasculaire par l’effet hypocholestérolémiant indéniable associé à de probables effets protecteurs annexes 4. L’arsenal thérapeutique à notre disposition s’est actuellement enrichi par l’arrivée des incrétinomimétiques et des gliflozines qui sont actuellement recommandées en 1ère intention dans les populations cibles 5. Ces classes thérapeutiques ont un effet net sur la réduction de mortalité cardiovasculaire notamment chez les patients diabétiques ou obèses 6,7. En dépit d’un contrôle des facteurs de risque modifiables, et l’obtention notamment de très faibles taux circulant de LDL-c grâce aux inhibiteurs de la proprotein convertase subtilisin/kexin type 9 (PCSK9) une mortalité résiduelle persiste 8,9. Même à faible niveau et indépendamment du contrôle lipidique, l’inflammation systémique semble être un des facteurs rémanents. De plus, la modulation à la baisse de celle-ci apparait bénéfique sur la mortalité 10.

Les vitamines et leurs métabolites sont des composés essentiels au bon fonctionnement de l’organisme par une action de co-facteur de réactions chimiques, ou par une action directe sur la régulation du génome. On décrit classiquement 14 vitamines principales : A ; B1 ; B2 ; B3 ; B5 ; B6 ; B8 ; B9 ; B12 ; C ; D ; E ; K ; et la choline 11. Pour chacune d’entre elles, trois indices de références nutritionnelles sont décrits : le besoin nutritionnel moyen (BNM), les références nutritionnelles pour la population (RNP), et les apports satisfaisants (AS). Le BNM est déterminé lors d’études expérimentales en évaluant les données individuelles d’apport par rapport à un critère d’adéquation nutritionnel prédéfini. Les RNP sont les apports théoriques couvrant les besoins de 97,5% de la population selon les données expérimentales, et l’AS correspond à l’apport moyen d’une population dont le statut nutritionnel est satisfaisant. Cet indice est souvent issu de données observationnelles lorsqu’un BNM ne peut pas être estimé à partir de données expérimentales.

Lorsque l’apport vitaminique n’est pas satisfaisant, soit par un défaut primaire d’apport, soit par un métabolisme augmenté de ces dernières, des situations pathologiques peuvent survenir. A titre d’exemples, les carences en vitamines A induisent une dysfonction immunitaire, des anomalies tégumentaire par défaut de différentiation cellulaire et des troubles visuels, dominés par la sécheresse oculaire 12. La privation en vitamine C est classiquement associée au scorbut 13, la défaillance en vitamine D à l’apparition d’un surrisque fracturaire ou infectieux 14, celle en vitamine K dans des phénomènes majoritairement hémorragiques mais encore de fragilité osseuse 15.

Néanmoins si à chaque classe de vitamine est associée une pathologie carentielle, un apport exagéré peut également être associé à une toxicité importante. Concernant la vitamine D, des hypercalcémies sont rapportées 16, pour la vitamine C un surrisque de lithiase rénale chez l’homme et un excès de mortalité lors de supplémentation à forte dose chez les patients de soins critiques sont décrits17,18. Nous pouvons également citer la neurotoxicité des surdosages en vitamine B6 19. Au même titre que la carence, l’excès vitaminique induit une perte d’homéostasie et entraine l’apparition de situations pathologiques. Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), en date du 13 mars 2015 révélait que la prévalence de consommation de compléments alimentaires était estimée à 22,4%. Dans cette tranche de population particulière, l’apport de vitamines induit par les compléments dépassait de manière statistiquement significative l’apport du reste de la population. Cependant, du fait d’une alimentation souvent enrichie et de possible biais de déclaration dans cette étude il est difficile de conclure sur l’impact différentiel réel de ces apports exogènes.

La supplémentation vitaminique dans l’alimentation générale est définie sous le terme de fortification alimentaire. Elle est censée prémunir les populations les plus à risque de carence, mais sa systématisation et surconsommation de produits transformé peuvent conduire à une exagération des apports. L’article de Nature Medicine mentionne un apport en niacine dans la population américaine très important, avec une médiane à 37mg (IQR : 27-50mg) 20 bien au-delà des BNM proche de 14 à 18 mg 21.

Dans cet article, les auteurs ont initialement suivi 1162 patients faisant l’objet d’une évaluation cardiaque chez lesquels ils ont effectué une analyse métabolomique afin d’identifier des marqueurs résiduels de risque cardiovasculaire non liés aux facteurs classiques. Cette recherche a abouti à l’identification de deux isomères, le N1-methyl-2-pyridone-5-carboxamide (2PY) et le N1-methyl-4-pyridone-3-carboxamide (4PY). Ces deux molécules sont des métabolites terminaux du cycle de la niacine. Secondairement, deux cohortes de validation européenne et américaine, ont également positivement corrélé le taux circulant de 2PY et de 4PY à la survenue d’effets indésirables cardiovasculaires, et de façon notable, indépendamment de la fonction rénale pour 4PY. Sur la cohorte US, une analyse de variant génomique a identifié le gène ACMSD (aminocarboxymuconate semialdehyde decarboxylase) comme lié à de forts taux circulants de 2PY et 4PY lorsque celui-ci est réprimé, notamment lors de la présence de l’allèle rs10496731. Un modèle animal chez la souris a confirmé cette donnée en observant un fort taux circulant de 2PY et 4PY après inhibition des produits d’expression d’ACMSD.

Les auteurs ont ensuite effectué une recherche métabolomique et protéomique associée à la présence du variant rs10496731, et ont identifié la vascular cell adhesion molecule-1 (VCAM-1), dont les taux circulant se sont avérés être corrélés à une augmentation des évènements cardiovasculaires aHR (95%CI) 2,38 (1,14-4,95), p=0,02 mais également corrélés aux taux circulants de 2PY et 4PY.

A la lumière de ces résultats, des tests fonctionnels ont été effectués, in vitro et in vivo. Des cultures de cellules endothéliales humaines ont été incubées avec les métabolites 2PY et 4PY, et celles-ci ont augmenté leur production d’ARNm et de protéine mature de VCAM-1. Chez la souris les métabolites ont été injectés par voie intrapéritonéale et une augmentation de l’expression de VCAM-1 a également été observée, conduisant à une augmentation d’adhésion leucocytaire sur la paroi endothéliale visualisée en microscopie intravitale. Dans les deux cas, l’augmentation des taux de VCAM-1 n’a été rapportée que lors de l’injection ou de l’incubation de 4PY suggérant que ce métabolite est le seul isomère biologiquement actif.

Ce travail d’investigation souligne la complexité de l’homéostasie biologique, mais également l’existence de facteurs de risques cardiovasculaires différents de ceux considérés comme traditionnels. Enfin il relativise également la vision dualiste de la fortification alimentaire. Près de 2 milliards de personnes dans le monde sont encore soumises à la précarité alimentaire 22. La lutte contre les pathologies carentielles à l’échelle mondiale reste nécessaire, même si le modèle basé sur fortification alimentaire est débattu. Toutefois, dans les pays développés, la promotion de la santé alimentaire doit probablement s’axer sur la diversification des apports et la consommation de produits frais. L’utilisation de compléments alimentaires vitaminiques en tant que remède polyvalent à de nombreux maux est une illusion dont il faut se prémunir.

Références :

  1. Ferrell M, Wang Z, Anderson JT, et al. A terminal metabolite of niacin promotes vascular inflammation and contributes to cardiovascular disease risk. Nat Med. 2024;30(2):424-434. doi:10.1038/s41591-023-02793-8
  2. The HPS2-THRIVE Collaborative Group. Effects of Extended-Release Niacin with Laropiprant in High-Risk Patients. N Engl J Med. 2014;371(3):203-212. doi:10.1056/NEJMoa1300955
  3. The AIM-HIGH Investigators. Niacin in Patients with Low HDL Cholesterol Levels Receiving Intensive Statin Therapy. N Engl J Med. 2011;365(24):2255-2267. doi:10.1056/NEJMoa1107579
  4. Sirtori CR. The pharmacology of statins. Pharmacological Research. 2014;88:3-11. doi:10.1016/j.phrs.2014.03.002
  5. Marx N, Federici M, Schütt K, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of cardiovascular disease in patients with diabetes. European Heart Journal. 2023;44(39):4043-4140. doi:10.1093/eurheartj/ehad192
  6. Sattar N, Lee MMY, Kristensen SL, et al. Cardiovascular, mortality, and kidney outcomes with GLP-1 receptor agonists in patients with type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis of randomised trials. The Lancet Diabetes & Endocrinology. 2021;9(10):653-662. doi:10.1016/S2213-8587(21)00203-5
  7. Lincoff AM, Brown-Frandsen K, Colhoun HM, et al. Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes. N Engl J Med. 2023;389(24):2221-2232. doi:10.1056/NEJMoa2307563
  8. Bohula EA, Giugliano RP, Leiter LA, et al. Inflammatory and Cholesterol Risk in the FOURIER Trial. Circulation. 2018;138(2):131-140. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.118.034032
  9. Pradhan AD, Aday AW, Rose LM, Ridker PM. Residual Inflammatory Risk on Treatment With PCSK9 Inhibition and Statin Therapy. Circulation. 2018;138(2):141-149. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.118.034645
  10. Ridker PM, Everett BM, Thuren T, et al. Antiinflammatory Therapy with Canakinumab for Atherosclerotic Disease. N Engl J Med. 2017;377(12):1119-1131. doi:10.1056/NEJMoa1707914
  11. Références nutritionnelles en vitamines et minéraux.https://www.anses.fr/fr/content/les-références-nutritionnelles-en-vitamines-et-minéraux. Published April 24, 2021.
  12. Polcz ME, Barbul A. The Role of Vitamin A in Wound Healing. Nut in Clin Prac. 2019;34(5):695-700. doi:10.1002/ncp.10376
  13. Dresen E, Lee Z, Hill A, Notz Q, Patel JJ, Stoppe C. History of scurvy and use of vitamin C in critical illness: A narrative review. Nut in Clin Prac. 2023;38(1):46-54. doi:10.1002/ncp.10914
  14. Amrein K, Scherkl M, Hoffmann M, et al. Vitamin D deficiency 2.0: an update on the current status worldwide. Eur J Clin Nutr. 2020;74(11):1498-1513. doi:10.1038/s41430-020-0558-y
  15. Akbulut AC, Pavlic A, Petsophonsakul P, et al. Vitamin K2 Needs an RDI Separate from Vitamin K1. Nutrients. 2020;12(6):1852. doi:10.3390/nu12061852
  16. Walker MD, Shane E. Hypercalcemia: A Review. JAMA. 2022;328(16):1624. doi:10.1001/jama.2022.18331
  17. Ferraro PM, Curhan GC, Gambaro G, Taylor EN. Total, Dietary, and Supplemental Vitamin C Intake and Risk of Incident Kidney Stones. American Journal of Kidney Diseases. 2016;67(3):400-407. doi:10.1053/j.ajkd.2015.09.005
  18. Lamontagne F, Masse MH, Menard J, et al. Intravenous Vitamin C in Adults with Sepsis in the Intensive Care Unit. N Engl J Med. 2022;386(25):2387-2398. doi:10.1056/NEJMoa2200644
  19. Hadtstein F, Vrolijk M. Vitamin B-6-Induced Neuropathy: Exploring the Mechanisms of Pyridoxine Toxicity. Advances in Nutrition. 2021;12(5):1911-1929. doi:10.1093/advances/nmab033
  20. Bryan S, Afful J, Carroll M, et al. NHSR 158. National Health and Nutrition Examination Survey 2017–March 2020 Pre-Pandemic Data Files. National Center for Health Statistics (U.S.); 2021. doi:10.15620/cdc:106273
  21. Dietary Reference Intakes: The Essential Guide to Nutrient Requirements (Eds Otten, J. J., Hellwig, J. P. & Meyers, L. D) (The National Academies Press, 2006).
  22. Objectif 2 : Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable.https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/hunger/#:~:text=Dans%20le%20monde%2C%202%20milliards,ans%20étaient%20atteints%20d%27émaciation.
  • Dernière mise à jour le .