Accéder au contenu principal

#FL15 Aggravation par l’aspirine, associée aux anticoagulants, de la morbi-mortalité cardiovasculaire et du risque hémorragique chez des patients présentant un syndrome coronarien chronique et un haut risque ischémique résiduel

Le syndrome coronaire chronique constitue une indication de traitement par anti-agrégant plaquettaire en monothérapie 6 mois après une angioplastie (1,2). Dans cette population de patients coronariens, environ 15% des patients ont également une indication de traitement par anticoagulation curative, le plus fréquemment pour une fibrillation atriale (FA) (3,4). Le traitement anti-thrombotique est difficile à déterminer chez ces patients avec une indication d’anticoagulation et un haut risque ischémique résiduel (tritronculaires, diabétiques, insuffisants rénaux, etc.). Les patients traités par anti-agrégant plaquettaire et anticoagulation curative constituent à la fois une population à haut risque thrombotique du fait de leurs comorbidités et à haut risque hémorragique du fait de leur traitement (5). Cependant le traitement anti-thrombotique optimal chez ces patients reste difficile à déterminer (6).

L’essai randomisé en double aveugle contrôlé versus placebo, AQUATIC , financé dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) français, et publié fin août 2025 dans le New England Journal Of Medicine (6) a cherché à répondre à une question précise  : chez les patients présentant un syndrome coronarien chronique avec une indication d’anticoagulant et présentant un haut risque ischémique résiduel , quelle est l’efficacité et la sécurité de l’ajout d’un traitement par aspirine 100mg, comparée à un traitement par anticoagulation seule ?

Les patients présentaient un syndrome coronarien chronique avec une pose d’endoprothèse  ≥ 6 mois avant l’inclusion et un haut risque athérothrombotique résiduel. L’anticoagulation curative était soit une antivitamine K (AVK), soit dans 90% des cas des anticoagulants oraux directs (AOD), l’apixaban dans 60% des cas. Le critère de jugement principal était un critère composite combinant mortalité cardiovasculaire, infarctus du myocarde, AVC, embolie systémique, revascularisation coronaire et ischémie aiguë de membre, et une analyse hiérarchique était ensuite réalisée sur les critères secondaires.

Cette étude a été arrêtée précocement à la demande du DSMB en avril 2024 du fait d’un excès de mortalité toute cause dans le groupe traité par aspirine : 13,4% dans le groupe aspirine comparé à 8,4% dans le groupe placebo (HR 1.72, 95% CI 1.14-2.58, p=0.01). L’étude retrouve également une différence sur le critère composite : 16,9% dans le groupe aspirine vs 12,1% dans le groupe placebo (HR 1.53, 95% CI 1.07-2.18, p=0.019). Enfin, un triplement du risque d’hémorragies majeures était également observé : 10,2% dans le groupe aspirine vs 3,4% dans le groupe placebo (HR 3.35, 95% CI 1.87-6.0, p<0.001) sans diminuer le risque d’évènement athérothrombotique (10,6% dans le groupe aspirine vs 9,1% dans le groupe placebo), cette différence n’étant cependant pas testée du fait d’une hiérarchisation des critères de jugement.

Au total, chez des patients présentant un syndrome coronarien chronique avec un haut risque ischémique résiduel l’association d’un anti-agrégant plaquettaire à une anticoagulation curative provoque une augmentation significative de la morbi-mortalité cardiovasculaire et du risque hémorragique par rapport à un anticoagulant seul. Ces effets ont par ailleurs également été démontrés dans l’essai AFIRE chez des patients traités pour un syndrome coronaire stable et une fibrillation  atriale (7). Cet essai devrait modifier les recommandations internationales concernant la prise en charge des syndromes coronariens chroniques ayant une indication d’anticoagulation et un haut risque ischémique résiduel.

Références

  1. Virani SS, Newby LK, Arnold SV, Bittner V, Brewer LC, Demeter SH, et al. 2023 AHA/ACC/ACCP/ASPC/NLA/PCNA Guideline for the Management of Patients With Chronic Coronary Disease: A Report of the American Heart Association/American College of Cardiology Joint Committee on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 29 août 2023;148(9):e9‑119. https://doi.org/10.1161/cir.0000000000001168
  2. Vrints C, Andreotti F, Koskinas KC, Rossello X, Adamo M, Ainslie J, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of chronic coronary syndromes. Eur Heart J. 29 sept 2024;45(36):3415‑537. https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehae176
  3. Joglar JA, Chung MK, Armbruster AL, Benjamin EJ, Chyou JY, Cronin EM, et al. 2023 ACC/AHA/ACCP/HRS Guideline for the Diagnosis and Management of Atrial Fibrillation: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Joint Committee on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 2024;149(1):e1‑156. https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehae177
  4. Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, Casado-Arroyo R, Caso V, Crijns HJGM, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS). Eur Heart J. Sep 2024;45(36):3314‑414. https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehae176
  5. Schurtz G, Bauters C, Ducrocq G, Lamblin N, Lemesle G. Effect of aspirin in addition to oral anticoagulants in stable coronary artery disease outpatients with an indication for anticoagulation. Panminerva Med. 2016;58(4):271‑85.
  6. Lemesle G, Didier R, Steg PG, Simon T, Montalescot G, Danchin N, et al. Aspirin in Patients with Chronic Coronary Syndrome Receiving Oral Anticoagulation. N Engl J Med. 31 août 2025; Online ahead of print. https://doi.org/10.1056/nejmoa2507532
  7. Yasuda S, Kaikita K, Akao M, Ako J, Matoba T, Nakamura M, et al. Antithrombotic Therapy for Atrial Fibrillation with Stable Coronary Disease. N Engl J Med. 19 sept 2019;381(12):1103‑13. https://doi.org/10.1056/nejmoa1904143
  • Dernière mise à jour le .

#FL14 Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes et patients dialysés chroniques : vers la fin d’un débat ?

Les patients dialysés chroniques présentent un risque élevé d’événements cardiovasculaires, cependant à ce jour il n’existe aucun traitement permettant de réduire ce risque. La dialyse, via des mécanismes complexes, contribue à l’altération de la fonction endothéliale, au développement d’une fibrose cardiaque et à la survenue d’une dysfonction ventriculaire gauche (1). Les antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes, en bloquant les effets de l’aldostérone, pourraient théoriquement réduire la fibrose, améliorer la fonction cardiaque, diminuer la rigidité vasculaire et limiter le risque d’arythmies. Trois travaux récents -dont deux méta-analyses- publiés dans The Lancet, se sont intéressés à cette question.

L’essai multicentrique ALCHEMIST, conduit par Rossignol et coll., a comparé la spironolactone (25 mg/j) à un placebo chez 644 patients dialysés chroniques présentant au moins un facteur de risque cardiovasculaire. Après un suivi médian de 32,6 mois, aucune différence n’a été observée concernant le délai de survenue d’événements cardiovasculaires majeurs (décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde, syndrome coronarien aigu, accident vasculaire cérébral, hospitalisation pour insuffisance cardiaque) (HR 1,00 [IC 95 % 0,73-1,36] ; p=0,98). À l’issue de l’essai, les auteurs ont intégré ces données dans une méta-analyse d’essais randomisés présentée au sein du manuscrit princeps ALCHEMIST, confirmant l’absence de bénéfice significatif, tant sur la mortalité toutes causes (OR 0,71 [IC 95 % 0,41-1,24] ; p=0,23 ; I²=43 %) que sur la mortalité cardiovasculaire (OR 0,72 [IC 95 % 0,33-1,58] ; p=0,41 ; I²=57 %) (Figure présentée ci-dessous) (2).

L’essai randomisé multicentrique ACHIEVE, conduit par Walsh et coll., a comparé la mortalité cardiovasculaire chez 3 565 patients dialysés chroniques (≥45 ans ou ≥18 ans en cas de diabète) traités par spironolactone (25 mg/j) comparé à un placebo. Il a été interrompu en janvier 2025 pour futilité. Après un suivi médian de 1,8 an, aucune différence significative n’a été observée entre les groupes (HR 0,92 [IC 95 % 0,78-1,09] ; p=0,35) (3).

Enfin, Pyne, Rossignol et coll. ont publié une méta-analyse actualisée incluant 19 essais randomisés publiés entre 2005 et 2025, dont ALCHEMIST et ACHIEVE. En se concentrant sur 4 essais considérés à faible risque de biais, regroupant 3 562 patients dialysés traités par antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes ou placebo, ils n’ont retrouvé aucune différence significative concernant la mortalité cardiovasculaire (OR 0,98 [IC 95 % 0,80-1,20] ; I²=0,0 %) (4).

En dépit d’un rationnel physiopathologique et pharmacologique solide, les antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes à faible dose ne semblent pas réduire le risque cardiovasculaire chez les patients dialysés chroniques et ne peuvent donc pas être recommandés en routine (5). Toutefois, des recherches complémentaires pourraient explorer l’intérêt de sous-groupes spécifiques ou de nouvelles molécules plus sélectives.

Références

  1. Wanner C, Amann K, Shoji T. The heart and vascular system in dialysis. The Lancet. 2016;388(10041):276‑84. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(16)30508-6
  2. Rossignol P, Zannad F, Massy Z, Azizi M, Chorfa F, Coadic J, et al. Spironolactone in patients on chronic haemodialysis at high risk of adverse cardiovascular outcomes (ALCHEMIST): a multicentre, double-blind, randomised, placebo-controlled trial and updated meta-analysis. The Lancet. 2025;406(10504):705‑18. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(25)01194-8
  3. Walsh M, Collister D, Gallagher M, Mark PB, Zoysa JR de, Tyrwhitt J, et al. Spironolactone versus placebo in patients undergoing maintenance dialysis (ACHIEVE): an international, parallel-group, randomised controlled trial. The Lancet. 2025;406(10504):695‑704. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(25)01198-5
  4. Pyne L, Rossignol P, Giles C, Junek M, Mark PB, Gallagher M, et al. Safety and efficacy of steroidal mineralocorticoid receptor antagonists in patients with kidney failure requiring dialysis: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. The Lancet. 2025;406(10505):811‑20. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(25)01153-5
  5. Soomro QH, Charytan DM. Requiem for mineralocorticoid blockade in maintenance dialysis. The Lancet. 2025;406(10505):780‑2. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(25)01324-8

fl014

  • Dernière mise à jour le .

#FL013 Nirsévimab (Beyfortus) et prévention de la bronchiolite du nourrisson

Le virus respiratoire syncytial (VRS) est responsable d’infections respiratoires saisonnières fréquentes, touchant chaque année environ un tiers des nourrissons.
Ces bronchiolites sont le plus souvent bénignes, mais peuvent évoluer vers des formes graves, parfois mortelles. Elles restent l’une des premières causes d’hospitalisation des enfants de moins d’un an pendant la saison hivernale.
L'administration du nirsévimab (Beyfortus®), un anticorps monoclonal dirigé contre le VRS entraîne une immunisation immédiate et a fait la preuve de son efficacité dans la prévention des infections à VRS chez les nouveaux-nés et les nourrissons, alors qu’il n’existe pas encore de vaccin sûr et efficace chez les nourrissons. Alternativement, une vaccination de la mère contre le VRS au cours de la grossesse peut protéger l'enfant dans les premiers mois de vie.

Les données les plus récentes disponibles

Ce pharmacoflash met à jour les informations préalablement diffusées par la SFPT dans le PharmacoFACT de septembre 2023 : F016 Traitement préventif des bronchiolites des nourrissons

Une large étude (1) publiée cette année et menée en France, en Allemagne et au Royaume-Uni auprès de plus de 8000 nourrissons, a montré qu’une dose unique de nirsévimab réduisait de plus de 80 % le risque d’hospitalisation pour pneumopathie à VRS après un suivi de 6 mois.
La fréquence élevée des infections à VRS dans la population concernée, ainsi que la taille de la population exposée au risque (environ 700 000 naissances par an), cumulée à l'intensité de la réduction de ce risque (5 fois moindre), rendent l'impact de santé publique significatif en termes de nombre d'enfants évitant une admission en service d'urgence et en service d'hospitalisation pédiatrique.

Ce niveau de protection anti-infectieuse est retrouvé par les données observationnelles.
Dans une étude cas-témoin publiée en 2024 menée dans une vingtaine d'unités de soins intensifs pédiatriques en France (2), ce niveau d'efficacité protectrice a été confirmé. L'administration de nirsévimab a réduit le risque de nécessiter une prise en charge en unité de réanimation pédiatrique des nourrissons atteints d'une pneumopathie à VRS d'un facteur 5.
Une autre étude cas-témoin publiée cette année et menée en Italie sur des enfants hospitalisés durant la période épidémique 2024-2025 a révélé un niveau de protection comparable (80%) en élargissant la population évaluée à l'ensemble des nourrissons hospitalisés avec bronchiolite à VRS confirmé par PCR (3).

doigt Plus généralement, une méta-analyse publiée en juillet 2025 (4) concluait sur la base de 27 études provenant de cinq pays (France, Italie, Luxembourg, Espagne et États-Unis) que le nirsévimab était associé à un risque moindre d'hospitalisation liée au VRS, à un risque moindre d'admission en soins intensifs, ainsi qu'un risque moindre d'infections respiratoires basses chez les nourrissons âgés de 0 à 12 mois.

doigt Les données de pharmacovigilance en vie réelle (France et international, plus de 6 millions d’enfants traités) confirment une bonne sécurité d'emploi du nirsévimab. Les effets indésirables les plus fréquents sont des réactions locales, des syndromes pseudo-grippaux et des éruptions cutanées. Des signaux modérés (ex. hypotonie post-injection) restent en cours d’évaluation au niveau européen, sans remise en cause du rapport bénéfice/risque. Aucune augmentation de mortalité ni de risque spécifique n’a été confirmée. Le suivi par les CRPV et l’ANSM se poursuit, notamment pour limiter le risque d’erreurs d'administration même si ces dernières n’ont pas entraîné d’effets indésirables.

Après analyse de l’ensemble de ces nouvelles données, la SFPT confirme sa recommandation en faveur de l’utilisation du nirsévimab (Beyfortus) pour l'immunisation passive de tous les nourrissons de moins d’un an rentrant dans leur première saison de circulation du VRS (nés à partir de février 2025) et en priorité ceux âgés de moins de 6 mois au début de la saison VRS (qui débute généralement en octobre) et dès lors que leurs mères n'ont pas été vaccinées par Abrysvo.

Références

  1. APS Munro et al. 80-day efficacy of nirsevimab against hospitalisation for respiratory syncytial virus lower respiratory tract infections in infants (HARMONIE): a randomised, controlled, phase 3b trial. Lancet Child Adolesc Health 2025; 9: 404–1 https://doi.org/10.1016/s2352-4642(25)00102-6
  2. J  Paireau et al.  Nirsevimab Effectiveness Against Cases of Respiratory Syncytial Virus Bronchiolitis Hospitalised in Paediatric Intensive Care Units in France, September 2023–January 2024. Influenza and Other Respiratory Viruses, 2024; 18: e13311 https://doi.org/10.1111/irv.13311
  3. F Attaianese et al. Effectiveness of a targeted infant RSV immunization strategy (2024-2025): A multicenter matched case-control study in a high-surveillance setting Journal of Infection, 2025.  https://doi.org/10.1016/j.jinf.2025.106600
  4. DMd Sumsuzzman et al. Real-world effectiveness of nirsevimab against respiratory syncytial virus disease in infants: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Child & Adolescent Health 2025; 9: 393-403 https://doi.org/10.1016/s2352-4642(25)00093-8
  • Dernière mise à jour le .

#FL012 Traitement du carcinome bronchique à petites cellules par le tarlatamab

Contexte

Le carcinome bronchique à petites cellules (CBPC) représente 15% des tumeurs bronchiques primitives(1,2), il s’agit d’un cancer de mauvais pronostic avec une survie à 5 ans < 5% en cas de cancer localement avancé ou métastatique(3). 
Le traitement des CBPC localement avancé et métastatique repose en 1ère ligne sur une polychimiothérapie par sels de platine et étoposide associée à une immunothérapie anti-PDL1(4,5). Le CBPC est initialement chimio-sensible avec un taux de réponse objectif de 60-70%(4,5), cependant la majorité des patients rechutent après les traitements de 1ère ligne(6–8). A la progression, le traitement de 2ème ligne repose sur des chimiothérapie (rechallenge des sels de platine, topotecan, polychimiothérapie ou lurbinectidine), avec une survie globale en 2ème ligne de 7-9 mois(9–12).

Mécanisme d’action

Le tarlatamab est un anticorps bispécifique ciblant les lymphocytes T CD3 (LTCD3) et le delta-like ligand 3 (DLL3) exprimé sur 85-96% des cellules tumorales des CBPC(13–16).

Etude DeLLphi-304

L’étude de phase 3 Tarlatamab in Small-Cell Lung Cancer after Platinum-Based Chemotherapy(17), dont les résultats de l’analyse intermédiaire ont été publiée dans le New England Journal of Medicine en juin 2025, évalue l’efficacité et la sécurité du tarlatamab dans le traitement de 2ème ligne des patients atteints d’un CBPC.

Lire la suite : #FL012 Traitement du carcinome bronchique à petites cellules par le tarlatamab

  • Dernière mise à jour le .

#FL011 Traitement de la narcolepsie de type 1 par un agoniste des récepteurs de l'orexine (oveporexton)

La narcolepsie de type 1 est une maladie rare caractérisée par une somnolence diurne excessive associée à des accès incontrôlables de sommeil et une cataplexie (perte soudaine du tonus musculaire  pendant l’éveil) responsable d’une altération de la qualité de vie des patients(1). Actuellement la prise en charge repose sur l’association de mesures non médicamenteuses et de traitements symptomatiques(2).
La narcolepsie de type 1 est liée à une perte des neurones hypothalamiques producteurs d’orexine responsable d’une absence ou d’un faible taux d’orexine dans le LCR(3). L’orexine est un neurotransmetteur agissant sur 2 types de récepteurs couplés aux protéines G : les récepteurs à l’orexine de type 1 (OX1R) et les récepteurs à l’orexine de type 2 (OX2R). Dans les modèles animaux il a été mis en évidence que les OX2R modulent les phases d’éveil/sommeil et préviennent la cataplexie(4).

L’étude de phase 2 oveporexton, an Oral Orexin Receptor 2 Selective Agonist, in Narcolepsy Type 1(5) publiée dans le New England Journal of Medicine en mai 2025 évalue l’oveporexton dans le traitement de la narcolepsie de type 1.
L’oveporexton (TAK-861) est un agoniste sélectif des OX2R, à prise orale, qui passe la barrière hémato-encéphalique. Il a été testé à différents schémas de doses (0,5mg à 8h et 11h, 2mg à 8h et 11h, 2mg à 8h et 5mg à 11h et 7mg à 8h) contre placebo chez 90 patients avec un diagnostic documenté de narcolepsie de type 1.

L’étude a mis en évidence une différence significative cliniquement pertinente dans tous les groupes comparés au placebo sur la moyenne des différences de temps individuel d’endormissement sur l’échelle MWT (maintenance wakefulness test) entre l’initiation du traitement et à 8 semaines de traitement, ce critère étant le critère de jugement principal de l’étude.
L’étude retrouve également une différence significative sur le nombre d’accès de cataplexie par semaine dans les groupes traités par 2mg d’oveporexton à 8h et 11h (3,2 cataplexies par semaine en moyenne) et 2mg à 8h et 5mg à 11h (2,1 cataplexies par semaine en moyenne) comparé au placebo (9 cataplexies par semaine en moyenne).

oveporexton

Dans l’étude, le profil de sécurité de l’oveporexton semble acceptable : aucun événement indésirable grave associé au traitement, avec toutefois des évènements indésirables sévères rapportés chez 5 patients (insomnie, catalepsie, céphalées), les autres effets indésirables étaient l’urgenturie et la pollakiurie. A noter, les insomnies étaient résolutives en 1 semaine.

Au total, l’oveporexton appartient à nouvelle classe pharmacologique agoniste du récepteur de type 2 à l’orexine, agissant donc au centre de la physiopathogenèse de cette maladie rare. Les résultats de cette étude de phase 2 ne rendent que plus indispensable l’évaluation clinique de phase 3 (en cours) afin de valider des résultats d’efficacité cliniquement significatifs et de sécurité sur une large population avec un suivi prolongé, et permettre d’établir la place de ce médicament vis-à-vis des traitements actuellement utilisés dans la narcolepsie de type 1.

Les voies de l’orexine sont centrales dans la physiopathologie des troubles du sommeil et de l’éveil. Les récepteurs de l’orexine sont donc une cible d’intérêt avec le développement des agonistes comme l’oveporexton ciblant l’OX2R mais également d’antagonistes comme le daridorextan ciblant OX1R et OX2R. Le Daridorextan est indiqué chez l’adulte pour le traitement de l'insomnie caractérisée par des symptômes présents depuis au moins 3 mois et avec un impact significatif sur le fonctionnement pendant la journée(6).

Référénces

  1.  Monaca C, Franco P, Philip P, Dauvilliers Y. Consensus. Narcolepsie de types 1 et 2. Quel bilan pour le diagnostic et le suivi ? Médecine Sommeil. 1 sept 2017;14(3):125‑31.
  2. Haute Autorité de Santé (HAS). Protocole national de Diagnostic et de Soins (PNDS) - Narcolepsie de type 1 et 2. Septembre 2021.
  3. Scammell TE. Narcolepsy. N Engl J Med. 31 déc 2015;373(27):2654‑62.
  4. Krahn LE, Zee PC, Thorpy MJ. Current Understanding of Narcolepsy 1 and its Comorbidities: What Clinicians Need to Know. Adv Ther. janv 2022;39(1):221‑43.
  5. Dauvilliers Y, Plazzi G, Mignot E, Lammers GJ, Del Río Villegas R, Khatami R, et al. Oveporexton, an Oral Orexin Receptor 2–Selective Agonist, in Narcolepsy Type 1. N Engl J Med. 15 mai 2025;392(19):1905‑16.
  6. Collège National de Pharmacologie Médicale. Antagonistes des récepteurs de l’orexine [Internet]. 2025. Disponible sur: https://pharmacomedicale.org/medicaments/par-specialites/item/antagonistes-des-recepteurs-de-lorexine
  • Dernière mise à jour le .