#05 Pharmacovigilance et pharmaco-épidémiologie : deux approches nécessitant une expertise pharmacologique, complémentaires et indispensables
« Possible iceberg à l’horizon ! » vient d’alerter le capitaine du navire… Reste à vérifier qu’il s’agit bien d’un iceberg (pas d’un simple bloc de glace isolé), à en estimer la taille et à évaluer le risque de le percuter !
La sous-notification n’est donc pas un problème en soi, car l’alerte générée par quelques cas bien documentés est ensuite souvent complétée par des études de pharmaco-épidémiologie. La pharmaco-épidémiologie, c’est l’étude de l’utilisation et des risques liés à l’usage d’un médicament dans la population, c’est-à-dire dans ses conditions réelles d’utilisation, ou « vraie vie ». Elle sert notamment à quantifier les risques liés aux médicaments, en d’autres termes à estimer leur probabilité de survenue.
Les données de pharmacovigilance permettent de décrire les caractéristiques cliniques et épidémiologiques des cas (âge, sexe, délai de survenue, etc.), mais jamais de quantifier le risque. La pharmacoépidémiologie en utilisant des méthodes adaptées (études de terrain, études sur des bases administratives, etc.), permet de confirmer les signaux issus de la pharmacovigilance et d’apprécier le niveau de risque. Les deux démarches sont complémentaires. Le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) EPI-PHARE a pour mission de piloter et de coordonner des études épidémiologiques en vie réelle dans le but d’éclairer les pouvoirs publics. Cette structure a recours au Système d'informations de dépistage (SI-DEP) et au Système d'information vaccin Covid (VAC-SI). Tout ceci permet de quantifier des signaux observés par la pharmacovigilance et d’apporter des éléments utiles à l’estimation de la balance bénéfices/risques associée à chaque vaccin.
Prenons l’exemple de la pioglitazone et des cancers de la vessie. La pioglitazone est un antidiabétique commercialisé à partir de 2000 sous le nom d’ACTOS. Quelques années après l’obtention de son AMM, émergent un faisceau d’arguments en faveur de son implication dans la survenue de cancers de la vessie : notifications spontanées de cas de cancers (chez des malades sans autres facteurs de risques) couplées à l’analyse des propriétés pharmacodynamiques (mécanisme d’action du médicament) et l’interprétation correcte des données animales. Ce risque sera confirmé à partir de 2010 par la majorité des études pharmaco-épidémiologiques et l’AMM de ce médicament sera finalement suspendue en France en 2011.
Pour autant, à l’heure actuelle, aucune méthode de détection de signaux utilisant des approches pharmaco-épidémiologiques au sein de bases de données ne parvient à égaler les performances de la notification spontanée. Les approches sont nécessairement complémentaires. La pharmacovigilance fournit par ses observations, des hypothèses de recherche que la pharmaco-épidémiologie permet d’explorer ensuite. La pharmacovigilance reste sans égale pour la détection des risques concernant des pathologies dont l’incidence est extrêmement faible dans la population (ex : hypertension artérielle pulmonaire).
Penser qu’il existe une méthode unique, plus performante et suffisante à l’évaluation parfaite de la sécurité du médicament après sa commercialisation est une erreur : c’est l’union qui fait la force !
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