3.2.2 Selective reporting bias

     

Une variante du biais de publication affectant les études (les études sont publiées ou non en bloc en fonction de leur résultat) est le « selective reporting bias » qui affecte la façon dont sont rapportés les résultats au sein d’une même étude, en fonction de leur positivité [92] . Ainsi les critères de jugement exploratoires (critères de « safety » par exemple) dont la présence n’est pas « obligatoire » peuvent être présents ou non dans la publication en fonction de leur résultat.

Une méta-analyse publiée dans le Lancet Oncology en 2010 [93] conclut à un sur-risque de cancer avec les sartans (antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II). Même si le sur-risque est faible (risque ratio de 1.08), le fait que l’effet indésirable puisse être la survenue d’un cancer sème un certain émoi avec des propositions par certains de retrait de ces traitements dans l’hypertension.

Ce résultat est obtenu à partir de la méta-analyse de 5 essais qui rapportaient les cancers dans leur tableau d’effets indésirables.

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Cependant le flow chart révèle que 60 essais randomisés (dans l’insuffisance cardiaque ou l’hypertension) étaient éligibles pour cette méta-analyse. Mais seulement quelques essais rapportent les données liées à la survenue d’un cancer (ou des décès par cancer) ce qui explique que le résultat de la méta-analyse ne porte que sur 5 essais.

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Il est ainsi possible de craindre que la présence des cancers dans le tableau des effets indésirables d’essais en cardiologie dépende de ce qui est observé. Ces critères ne sont certainement rapportés que s’il existe quelque chose d’intéressant à discuter, comme une différence numérique entre les 2 groupes en défaveur du produit expérimental (il s’agit d’un tableau de « safety » ). Dans les autres cas, les données sont dans les rapports des essais, mais ne sont pas mis en avant dans la publication, car rien de remarquable n’est à rapporter à leur sujet. Toutes les conditions d’un « selective reporting bias » sont alors rassemblées et le résultat portant sur 5 essais sur 60 doit être pris avec circonspection.

Une méta-analyse ultérieure a cherché à récupérer les données sur les cancers de tous les essais, principalement à partir des rapports des études déposées auprès de la FDA [94 , 95] et ne retrouve pas d’association, étayant ainsi le rôle d’un « selective reporting bias » dans la première méta-analyse.

Le « selective reporting bias » montre que la problématique du biais de publication dépasse le cadre de la publication ou non d’une étude et qu’il est susceptible d’affecter les résultats au sein d’une étude (au niveau des critères de jugements [96 , 97] , des objectifs exploratoires, des sous-groupes [98] , des analyses, des ajustements pour les études observationnelles [99] , etc.). Ce biais est maintenant pris en considération dans les grilles d’évaluation du risque de biais des essais comme le ROB 2.0 [100] .

Le « selective reporting bias » ne concerne pas seulement les résultats accessoires ou exploratoires des essais, mais affecte aussi les critères majeurs (principaux ou secondaires). La non-publication de ces résultats passe alors fréquemment par un switch de critère entre le protocole et la publication [97 , 97 , 101 , 102 , 102] . Une initiative avait été mise en place en 2011 pour surveiller ces switches https://www.compare-trials.org/ et réagir chaque fois qu’une situation de ce type était détectée en envoyant une lettre à l’éditeur, mais elle ne semble plus active en 2021.

Ce biais explique pourquoi il convient d’être prudent avec les résultats inattendus obtenus en dehors des objectifs initialement fixés dans une étude (en plus des problématiques liées à l’absence de démarche hypothético-déductive, à la multiplicité, etc.), en particulier vis-à-vis de tous les résultats exploratoires de « safety » visant à établir un EI à partir d’un raisonnement purement inductif et non testé par la suite par une étude randomisée [103] .