#160 Les Interférons : qu'est-ce que c'est ? Sont-ils efficaces pour prévenir ou traiter le COVID-19 ?

La réponse à cette question est issue d'un consensus d'experts.

cocheQu'est-ce que sont les interférons, et dans quelles pathologies sont-ils habituellement utilisés ?

Les interférons, ou IFN, sont de petites protéines produites naturellement dans le corps en réponse à une infection virale. Ils appartiennent à la famille des cytokines, dont la mission est de jouer le rôle de messager au sein du système immunitaire, dans le but d'organiser la défense de l'organisme face à une agression. Ils sont pourvus de propriétés anti-virales, immunomodulatrices (régulant le sytème immunitaire), et/ou antioncogéniques (combattant certains cancers) selon le sous-groupe auquel ils appartiennent.
Il existe trois types d'interférons (I, II, III) en fonction du récepteur sur lequel ils se fixent, eux-mêmes classés en sous-groupes. Certains d'entre eux sont utilisés en thérapeutique dans la prise en charge de certaines pathologies :

  • Les interférons de type I :
    IFNα : les IFNα-2a (ROFERON®) et IFNα-2b (INTRONA®) sont notamment utilisés dans le traitement des hépatites B et C, dans plusieurs lymphomes et leucémies, et dans certains cancers tels que le mélanome. l'IFNα-2a existe également sous forme pégylée (peginterféron α-2a) dans les traitements spécifiques de l'Hépatite B et C (PEGASYS®).
    IFNβ : les IFNβ sont tous utilisés dans la sclérose en plaques (SEP). Il existe l'IFNβ-1a (AVONEX®, REBIF®), et sa forme pégylée (PLEGRIDY®), et l'IFNβ-1b (BETAFERON®, EXTAVIA®).
  • Les interférons de type II :
    ils comprennent l'interféron gamma (INFγ). L'IFNγ-1b (IMUKIN®), est utilisé dans les infections graves en cas de granulomatose septique chronique ou d'ostéoporose maligne sévère.
  • Les interférons de type III :
    ils sont composés des interférons lambda (IFNλ). Ils ne sont pas utilisés en thérapeutique.
coche Les interférons sont-ils efficaces pour traiter ou prévenir le COVID-19 ?
De par leurs propriétés anti-virales, les interférons font l'objet de nombreuses études cliniques relatives à la prise en charge du COVID-19, dû à une infection par le virus SARS-Cov2.
Il s’agit essentiellement des Interférons de Type 1. Les autres ne sont pas étudiés.

doigt Les résultats de deux de ces études ont été récemment publiés :
  • La première (1) est une étude multicentrique (qui s'est déroulé dans plusieurs hôpitaux), en ouvert (les patients et les médecins avaient connaissance des traitements donnés aux patients). 
Cette étude a comparé le délai de négativation des RT-PCR sur des prélèvements naso-pharyngés entre deux groupes de patients, c'est à dire le délai nécessaire pour que le virus SARS-Cov-2 ne soit plus excrété. Le premier groupe, ou groupe témoin, était traité par l'association d'antiviraux lopinavir+ritonavir, tandis que l'autre groupe, ou groupe combinaison, était traité par cette même association, avec en plus un autre antiviral, la ribavirine, et par de l'IFNβ-1b. Les résultats ont montré que les prélèvements naso-pharyngés du groupe traité par la combinaison se sont négativés plus rapidement (médiane à 7 jours) que ceux du groupe témoin (médiane à 12 jours). Aucun décès n'est survenu au cours de cette étude, et les effets indésirables n’ont pas différé entre les deux groupes (en termes de nature, de gravité, de fréquence, et de durée de l’effet indésirable). Seul un patient du groupe témoin est sorti d’étude prématurément en raison d’un effet indésirable grave.
  • La seconde (2) est une étude exploratoire chinoise dans laquelle ces mêmes délais de négativation des RT-PCR ont été comparés (entre autres) chez trois « groupes » de patients : traitement par IFNα-2b seul, traitement par umifénovir (traitement antigrippal non utilisé en France) seul, ou association de ces deux traitements. Dans cette étude, le délai de négativation des RT-PCR semble plus court dans les groupes traités par IFNα-2b seul ou associé à l’uméfénovir, comparé au groupe traité par l’uméfénovir seul. Attention cependant, ce type d’étude ne permet pas de conclure, d’autant plus que les groupes n’étaient pas comparables (notamment au niveau de l’âge des patients).n conclusion, les résultats obtenus sur un critère virologique doivent être confirmés par la réalisation d’études de plus grande ampleur, réalisées en double aveugle (ni le patient ni le médecin a connaissance du traitement pris par le patient), et évaluant des critères cliniques et pas seulement virologiques, afin d’évaluer l’intérêt potentiel de ce médicament chez des patients infectés par le COVID-19.

attention32Dans ces deux études, il n’est pas possible de conclure sur des éléments cliniques tels que l’amélioration clinique, la guérison, ou la mortalité.

 

Pour en savoir plus:
- Sur les essais cliniques en cours  dans la prise en charge du COVID-19: consultez la question #020.
- Sur les bases méthodologiques des essais cliniques : consultez la question #136.

Références :

(1) https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31042-4/fulltext
(2) https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fimmu.2020.01061/full
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0166354220302059?via%3Dihub

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