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#FL010 Association de méningiomes intracrâniens relevant de la chirurgie et l’utilisation prolongée de désogestrel

Les méningiomes intracrâniens sont des tumeurs majoritairement bénignes, mais potentiellement responsables de symptômes graves pouvant nécessiter une chirurgie ou un traitement par radiothérapie. Leur survenue est influencée par des facteurs hormonaux, en particulier les progestatifs à haute dose[1]. Les progestatifs faiblement dosés, ou microprogestatifs, sont aujourd’hui largement utilisés en Europe (environ 10 % des femmes), or leur risque potentiel sur la survenue de méningiome reste inconnu. Roland et al.[2] , dans le cadre du Groupement d’Intérêt Scientifique EPI-PHARE, ont conduit une étude cas-témoin cherchant à déterminer le risque de méningiome intracrânien associé à l’usage de contraceptifs oraux contenant des progestatifs faiblement dosés.

En exploitant les données du Système National des Données de Santé (SNDS), 8391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023 ont été identifiées (cas), appariées selon l’âge et le lieu de résidence à 83 910 femmes n’ayant pas présenté de méningiome (soit 10 «contrôles » pour 1 « cas »). L’exposition aux différents progestatifs (désogestrel 75 µg, lévonorgestrel 30 µg seul ou 50-150 µg combiné aux œstrogènes) a été évaluée selon la durée d’utilisation.

Les résultats ne retrouvent pas de risque accru pour une utilisation de désogestrel de moins d’un an OR 1,02 [0,77-1,34]), mais un risque augmenté apparaît pour des utilisations de plus d’un an (OR 1,32 [1,14- 1,53]) avec un risque proportionnel à la durée d’exposition. Néanmoins, le risque absolu reste moindre que les macroprogestatifs : il est estimé qu’il faut traiter 67 300 femmes pour observer un cas de méningiome intracrânien chirurgical, et environ 17000 femmes pour un cas si l’utilisation dépasse 5 ans.

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L’utilisation antérieure d’un autre progestatif à risque augmente fortement le risque de chirurgie pour méningiome (OR 3,30 [2,64-4,11]). Ce  risque disparaît un an après l’arrêt du traitement. Aucun excès de risque n’a été observé lors de l’utilisation du lévonorgestrel, seul ou combiné, quelle que soit la durée d’utilisation. Les dispositifs intra-utérins hormonaux et l’implant progestatif n’ont pas été étudiés.

Cette étude pharmaco-épidémiologique rigoureuse, de grande ampleur, suggère pour la première fois une association dépendant du temps d’exposition, avec un risque absolu faible,entre méningiome intracrânien opéré et utilisation de désogestrel, un microprogestatif jusqu’ici considéré comme sûr. Il convient donc de rester vigilant face à ce possible effet indésirable grave du désogestrel, en particulier chez les femmes les plus âgées ou ayant déjà reçu des traitements hormonaux par progestatifs à risque. Inversement, l’utilisation du levonergestrel seul ou combiné à un oestrogène n’expose pas à un excès de risque.

 [1]      Cyproterone acetate ≥25mg, medroxyprogesterone acetate 150mg/mL, nomegestrol acetate 3,75-5mg, chlormadinone acetate 5-10mg, medrogestone 5mg et promegestone 0,5mg.
[2]    Roland N, Neumann A, Hoisnard L, Duranteau L, Froelich S, Zureik M, et al. Use of progestogens and the risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ. 27 mars 2024;384:e078078

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