#176 La colchicine est-elle efficace pour prévenir ou traiter la COVID-19 ?

La réponse à cette question a fait l'objet d'un consensus d'experts.

L’efficacité de la colchicine dans le traitement de l’infection à COVID 19 est actuellement à l’étude, notamment en raison de ses propriétés anti-inflammatoires qui pourraient diminuer la sévérité de l’infection [1].
A ce jour, on compte 31 études dans le monde testant l’efficacité de la colchicine chez des patients infectés par le Sars-CoV-2, peu de résultats sont publiés pour le moment. (voir l'analyse sur metaevidence.org)

L’essai RECOVERY a arrêté précocement ses recrutements dans le groupe de traitement par colchicine, selon un communiqué de presse du 5 mars dernier. Cette décision a été prise suite à une analyse préliminaire basée sur 11 162 patients randomisés, parmi lesquels 2178 décès ont été observés. Le critère de jugement principal de cette étude était la mortalité à 28 jours. 20% de décès sont observés dans le bras colchicine contre 19% dans le bras de soins standards seuls, ce qui mène aux résultats statistiques suivants : RR = 1,02 (IC95= [0,94-1,11], p = 0,63), soit une absence de différence statistiquement significative entre les deux groupes. Le suivi des patients déjà inclus continue pour permettre la publication des résultats finaux. Cet arrêt précoce affirme la non-efficacité de la colchicine chez des patients hospitalisés atteints d’une Covid-19 sévère [2].
Cette non-efficacité chez les patients hospitalisés atteints d’une Covid-19 sévère est également retrouvée dans d’autres études :

L' étude suivante (pour le moment en 'preprint') [3] observationnelle colombienne sur 301 participants nécessitant une hospitalisation,  avec test PCR positif et confirmation du diagnostic de la COVID-19 par radiographie pulmonaire a été menée du 20 mars au 7 aout 2020. Dans un premier temps, les patients étaient traités selon un protocole institutionnel avec l’introduction d’un glucocorticoïde en cas de besoin en oxygène, 240 patients ont reçu un glucocorticoïde au cours de la période de l’étude. A partir du 1er juillet 2020, suite à une modification du protocole, un traitement par colchicine a été ajouté (0,5mg toutes les 12h pendant 7 à 14 jours) chez 145 patients (48 %). Le critère principal observé était le nombre de décès : 14 (10 %) décès dans le groupe traité par colchicine, contre 23 (15 %) décès sur les 156 patients non traités par colchicine. La différence du nombre de décès dans ces deux groupes n’était pas statistiquement significative (p = 0,18). De plus, ce schéma d’étude rétrospective avec des traitements différents en fonction de deux périodes temporelles est associé à un risque important de biais.

Une seconde étude [4], interventionnelle prospective et randomisée, sans insu (l’investigateur et le patient savaient le traitement donné), a été menée sur 105 patients grecs hospitalisés du 3 au 27 avril 2020. Le critère principal d'évaluation clinique est la détérioration de deux points sur l'échelle de gravité de la maladie de l'OMS. Cette dégradation a été observée chez 7 patients du groupe de contrôle et chez 1 patient du groupe colchicine. La survie cumulée à 10 jours sans événement était donc de 83 % dans le groupe témoin contre 97 % le groupe colchicine (p = 0,03). Cependant, cette étude comporte de nombreuses limites à commencer par le choix du critère principal qui est une échelle pouvant être soumise à une variabilité de cotation en fonction des investigateurs. De plus le faible nombre de patients et surtout d’évènements ne permet pas d’extrapoler les résultats qui doivent être confirmés par d’autres études plus larges.

Une autre étude [5], récemment publiée et qui est pour le moment en 'preprint' (étude non relue par des scientifiques autres que les auteurs et pas encore acceptée dans une revue scientifique) relance le questionnement sur l’efficacité de la colchicine comme traitement de la Covid-19 chez des patients ayant contracté des formes légères à modérées, ne nécessitant pas d’hospitalisation . Cette étude présente une bonne méthode : étude prospective menée en double aveugle, les patients étaient randomisés en deux groupes : colchicine ou placebo. La publication actuelle ne recense que 4 488 patients. Le critère de jugement principal est l’hospitalisation ou le décès des patients. On observe que la différence entre les deux groupes concernant ce critère n’est pas statistiquement significative (OR =0.79 IC95% [0.61-1.03], p=0.08). On considère dans les essais cliniques, que, lorsque le critère principal sur lequel la puissance de l'étude a été dimensionnée, n’est pas statistiquement significatif, on ne peut interpréter les critères secondaires ou des sous-groupes de la population initialement définie. Or, c’est ce qui est réalisé dans cette étude : il a été conclu à une différence statistiquement significative si on observe uniquement les patients avec un test PCR positif (OR =0.75 IC95% [0.57-0.99], p=0.04) mais pas sur 8 autres sous analyses réalisées. Ces résultats sont donc exploratoires mais ne démontrent pas l’efficacité du traitement.

Il est important de garder à l’esprit que la colchicine [6] est un médicament à marge thérapeutique étroite (médicament dont la dose efficace et la dose toxique sont très proches), qui est métabolisé par un cytochrome (3A4), cible de nombreux inhibiteurs et inducteurs enzymatiques, modifiant les concentrations plasmatiques de la colchicine. Son utilisation est contre-indiquée en association avec les macrolides, classes d’antibiotiques comprenant l’azithromycine, par risque d’augmentation des effets indésirables et par risque d’un surdosage potentiellement fatal. Il existe également de très nombreuses associations déconseillées. Au niveau des effets indésirables, la colchicine est connue pour entraîner des troubles digestifs, tout particulièrement des diarrhées (également signe précoce de toxicité de la colchicine), mais aussi des nausées et vomissements. Il est aussi retrouvé des troubles sanguins, avec la diminution des globules blancs, des plaquettes voir de toutes les lignées des cellules sanguines. Dans une moindre proportion, on peut observer des troubles musculaires et cutanés.

doigtEn l’état actuel des connaissances, nous pouvons conclure à une non-efficacité de la colchicine sur les formes sévères (patients hospitalisés) de la Covid-19. Concernant la prévention ou le traitement de forme légère à modérée (patient en ambulatoire) de la COVID-19, l’efficacité de la colchicine n’a également pas été démontrée. Son utilisation ne peut donc pas être recommandée au vu des données actuelles pour le traitement de la COVID-19.

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