#168 L'ivermectine (antiparasitaire) est-elle efficace pour prévenir ou traiter une infection à la COVID-19 ?

La réponse à cette question a fait l'objet d'un consensus d'experts.

L’ivermectine est un médicament antiparasitaire (comme la chloroquine) possédant des propriétés anti-inflammatoires, et utilisé en particulier dans le traitement de la gale.

Une étude réalisée in vitro  sur des cellules en laboratoire [1] a testé l’efficacité de l’ivermectine et retrouve un potentiel effet de cette molécule sur le SARS-Cov2 (diminution de la réplication du virus).
attentionCependant, comme cela est décrit en détail dans la question #169, le modèle utilisé dans cette étude (cellules Vero) est non pertinent pour explorer une infection au SARS-CoV-2 puisque les mécanismes enzymatiques nécessaires à l’action du virus dans les cellules humaines sont absents des cellules Vero

De plus, la concentration à laquelle l’ivermectine a un effet thérapeutique sur le SARS-CoV-2 in vitro est 35 fois plus haute que le pic de concentration obtenu après l’administration de la dose orale recommandée chez l’homme pour le traitement antiparasitaire habituel. Ainsi, une étude  a récemment suggéré qu’après la prise de la posologie orale habituelle (ou même après une dose 10 fois supérieure) , il est peu probable d’atteindre une concentration inhibitrice dans les poumons proche de celle obtenue in vitro sur la cellule Vero [2].

La plupart des études cliniques publiées récemment sur le sujet sont peu concluantes, la grande majorité sont soit des prépublications non validées par leurs pairs (voir la FAQ #136, question  02 pour la définition) soit, quand elles sont publiées, des études ayant des biais méthodologiques rendant les résultats difficilement interprétables et ne permettant pas de tirer des conclusions (voir la FAQ #136, question  12 pour en savoir plus sur ces biais).

doigtPar exemple, l’étude de Radji et al. publiée dans CHEST [3] retrouve une mortalité plus faible chez des patients atteints du SARS-CoV-2 et traités par Ivermectine en comparaison à des sujets non traités, cependant les résultats obtenus sont à considérer en prenant en compte l’absence de similarité entre les 2 groupes avec un traitement par corticoïdes plus fréquent dans le groupe ivermectine, et un biais « d’immortalité » en raison d’une inclusion plus tardive lors de l’hospitalisation dans le groupe ivermectine. 

De façon globale, la méta-analyse dynamique réalisée par le site « Meta Evidence » de l'Université et du CHU de Lyon  (qui regroupe les dernières publications sur les différents traitements utilisés contre la covid-19, dont l’ivermectine), conclue à ce jour à des résultats non concluants ou à faible degré de certitude du fait des nombreux biais méthodologiques [4]. Des conclusions similaires sont obtenues par Mc Master University/BMJ (niveau de preuve "très bas") [5] et par l'initiative 'COVID NMA' de l'OMS et la Cochrane Paris [6]. Un niveau d'évidence 'très bas' concernant un possible effet bénéfique est également rapporté par la méta-analyse de Padhy et al. [7].

L’étude de Lopez-Medina et al. (8), récemment publiée dans JAMA, porte sur un essai clinique, randomisé, en double aveugle, dont le critère principal était le délai de résolution des symptômes chez des patients atteints d’une forme modérée de la Covid-19, hospitalisés ou en ambulatoire, sur une période de suivi de 21 jours. Les patients ont été randomisés en deux groupes : 200 patients recevant 300µg/kg par jour d’ivermectine pendant 5 jours et 200 patients recevant un placebo pendant la même durée. La médiane du délai de résolution des symptômes était de 10 jours dans le groupe ivermectine contre 12 jours dans le groupe placebo, donnant lieu aux résultats statistiques suivants : hazard ratio 1.07 (IC95% [0.87-1.32], p = 0.53), il n’y a donc pas de différence statistiquement significative mise en évidence entre les deux groupes. Ces résultats sont confortés par une étude plus récente [9]

Dans ce contexte, le 22/03/2021, l’EMA a rendu un avis ne recommandant pas l’utilisation de l’Ivermectine en prévention ou dans le traitement de la covid-19 en dehors d’essai clinique randomisés.

Depuis cet avis, une étude parue en janvier 2022 [10], a étudié chez 93 patients l’effet sur la réduction de la charge virale de la plus haute dose utilisée dans un essai sur le coronavirus (1200µg/kg) d’Ivermectine pendant 5 jours versus placebo chez patient peu ou asymptomatiques. Aucune différence statistique n’a été mise en évidence. Quatorze patients ont dû interrompre la prise du traitement à cause d’effets indésirables.
Enfin, en février 2022, les auteurs d’une méta analyse au résultat initialement favorable à la prescription de l’Ivermectine ont proposé une nouvelle interprétation des résultats en excluant de l’analyses les études dont les auteurs ont été convaincus de fraude ou présentant des biais importants, remettant donc sérieusement en cause la validité des résultats. Ainsi, si la première analyse retrouvait une augmentation de la survie chez les patients traités, la nouvelle analyse ne retrouve pas d'effet significatif [11]

Par ailleurs, en octobre 2021, une analyse de la base mondiale de pharmacovigilance, VigiBase [12], faisant suite à une publication du New England Journal of Medicine [13]. rapportait une augmentation marquée des signalements d’effets indésirable dus à l’ivermectine depuis mai 2020 (date des premières mentions de l'ivermectine comme potentiel traitement anti-COVID-19). En date du 24 octobre 2021, il y avait 1726 patients rapportant un effet indésirable associé à l'ivermectine utilisée contre la Covid-19. Au total, 46 cas étaient graves (incluant 12 décès), et parmi ces derniers, 32 (dont 6 décès) ont reporté l'ivermectine comme unique suspect.
Les effets gastro-intestinaux et neurologiques étaient les plus rapportés
Quatre surdosages ont été signalées et étaient principalement associées à des troubles neurologiques.

Enfin, en mars 2022, une méta-analyse de 12 études randomisées a été réalisée pour tenter d’expliquer la forte variabilité des résultats concernant l’efficacité de l’ivermectine entre plusieurs études semblant méthodologiquement correctes [14]. On a pu remarquer que les études en faveur de l’ivermectine (4 parmi les 12) avaient été réalisées dans des zones géographique de forte prévalence d’anguillulose (ou strongyloïdose) et, plus important, qu’il existait une proportionnalité entre la présence d’anguillulose et la réduction de la mortalité de la covid par l’ivermectine. Une première explication pourrait être que l’anguillulose, infection parasitaire -traitée par l’ivermectine- présente sous forme asymptomatique chez de nombreuses personnes de zones à risque (pays chaud) et connue pour s’aggraver lors de périodes d’immunodépression (infection virale ou traitement par corticoïde notamment), aggrave le pronostique des patients infectés par la covid (et donc susceptibles de recevoir des corticoïdes). L’ivermectine permettrait alors de corriger ce facteur aggravant d’où une réduction de la mortalité apparente sans pour autant être actif sur la covid.
Les autres études, réalisées dans des zones de faible prévalence de l’anguillulose, ne montraient pas de bénéfice de l’ivermectine, en cohérence avec les explications vues plus haut.
Cette étude est importante puisqu’elle permet de mieux définir les indications d’emploi ou de non emploi de ce médicament.

doigtEn synthèse, aucune donnée ne permet de recommander l’utilisation de l’ivermectine pour prévenir ou traiter une infection au SARS-CoV-2. 
attentionDe plus, son utilisation dans cette indication pose le problème de la majoration nette des effets indésirables, non contrebalancée par l’obtention de bénéfice évident.

Nous rappelons qu’il existe de nombreux médicaments évalués sur des cellules et des animaux pour traiter des maladies virales (ebola, chikungunya, SARS-Cov1…) mais que ces traitements n’ont jamais démontré leur efficacité chez l’homme et que certains médicaments prometteurs ont finalement démontré qu’ils aggravaient la maladie virale , comme pour la chloroquine dans le traitement du Chikungunya (15)

Références

  1.  Caly L. et al. (2020) The FDA-approved drug ivermectin inhibits the replication of SARS-CoV-2 in vitro. Antiviral Research   https://doi.org/10.1016/j.antiviral.2020.104787 
  2.  Schmith V.D., et a  (2020) The Approved Dose of Ivermectin Alone is not the Ideal Dose for the Treatment of COVID‐19. Clin. Pharmacol. Ther.  https://doi.org/10.1002/cpt.1889
  3.  Rajter J.C, et al. (2020). « Use of Ivermectin Is Associated With Lower Mortality in Hospitalized Patients With Coronavirus Disease 2019: The ICON Study ». CHEST https://doi.org/10.1016/j.chest.2020.10.009
  4.  Méta-analyse dynamique ivermectine http://www.metaevidence.org/viewPathology2.aspx?exposition=684&comparator=0&pathology=87&domain=12
  5.  Mc Master University/BMJ https://www.covid19lnma.com/  (3eme item du carrousel)  
  6.  Initative 'COVID NMA' de l'OMS et la Cochrane Parishttps://covid-nma.com/living_data/index.php?comparison=36 
  7.   Padhy B.M., et al. (2020) Therapeutic potential of ivermectin as add on treatment in COVID 19: A systematic review and meta-analysis. J Pharm Pharm  Sci  https://doi.org/10.18433/jpps31457
  8. Lopez-Medina E., et al. Effect of ivermectin on time to resolution of symptoms among adults with mild Covid-19. JAMA. 4 mars 2021. https://doi.org/10.1001/jama.2021.3071
  9. Reis G, Silva EASM, Silva DCM, Thabane L, Milagres AC, Ferreira TS, et al. Effect of Early Treatment with Ivermectin among Patients with Covid-19. New England Journal of Medicine. 2022 Mar 30;
  10.  Buonfrate D, Chesini F, Martini D, Roncaglioni MC, Ojeda Fernandez ML, Alvisi MF, et al. High-dose ivermectin for early treatment of COVID-19 (COVER study): a randomised, double-blind, multicentre, phase II, dose-finding, proof-of-concept clinical trial. International Journal of Antimicrobial Agents [Internet]. 2022 Jan 6 [cited 2022 Feb 5];106516. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0924857921013571#sec0015
  11. Andrew Hill, Manya Mirchandani, Victoria Pilkington Ivermectin for COVID-19: Addressing Potential Bias and Medical Fraud . Open Forum Infectious Diseases, Volume 9, Issue 2, February 2022, ofab645, https://doi.org/10.1093/ofid/ofab645
  12. Campillo J, Faillie JL (2021), 4éme bulletin d’information de pharmacologie clinique d’Occitanie.
  13. Temple C. et al (2021) Toxic Effects from Ivermectin Use Associated with Prevention and Treatment of Covid-19b. N Engl J Med, 2021,20:NEJMc2114907) https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMc2114907
  14. Bitterman A, Martins CP, Cices A, Nadendla MP. Comparison of Trials Using Ivermectin for COVID-19 Between Regions With High and Low Prevalence of Strongyloidiasis: A Meta-analysis. JAMA Network Open [Internet]. 2022 Mar 21 [cited 2022 Mar 28];5(3):e223079–9. Available from: https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2790173
  15. Roques P, et al. (2018) Paradoxical Effect of Chloroquine Treatment in Enhancing Chikungunya Virus Infection. Viruses https://doi.org/10.3390%2Fv10050268

Evaluation de nouveaux traitements

  • Dernière mise à jour le .

Conception Internet Bordeaux LOGO internet bordeaux mini - Webmaster Vincent RICHARD